Un modèle d’engagement
Social. Ici, la lutte contre l’exclusion et l’entraide sont une tradition.
Il a été leur « témoin silencieux puis révolté » . Un jour, Moncef Labidi en a eu assez de voir ces « vieux qui rasaient les murs, qui basculaient dans l’errance sans que personne y prête attention » . Ce sociologue, alors responsable associatif à la Goutte-d’Or, s’est indigné du sort réservé aux vieux migrants venus du Maghreb dans les années 50 et 60 et qui, à l’âge de la retraite, se retrouvent sans famille, survivant dans une précarité qu’une vie consacrée au travail ne leur aura pas épargnée. Pour tous ces Maghrébins qui ont construit leur existence loin de leurs proches restés au pays, Moncef Labidi a ouvert en 2003 le Café social, porté par l’association Ayyem Zamen, financée par les collectivités publiques. Dans ce lieu convivial, les anciens travailleurs se retrouvent autour d’un café ou d’un jeu de dames. Des assistantes sociales, des animateurs, une infirmière sont là pour accueillir ceux que l’analphabétisme handicape dans leurs démarches administratives. Patiemment, on les aide à constituer leurs dossiers pour faire valoir leurs droits à la retraite. Pas facile, quand il manque de nombreux documents ! Depuis son ouverture, le café fait salle comble : entre 120 et 160 hommes et femmes s’y pressent chaque jour, et le succès est tel qu’il a fallu en ouvrir un autre, en avril 2008, à la Goutte-d’Or.
Sept centres. Comme Ayyem Zamen, les associations oeuvrant dans le domaine social sont nombreuses dans le 20e. Logique : dans cet arrondissement, qui a accueilli des vagues d’immigration successives, dont beaucoup de populations persécutées dans leurs pays, l’engagement militant et l’entraide font partie de la tradition. « C’est un arrondissement qui s’est rebellé lors de la Commune, cinq ans seulement après son rattachement à Paris, et qui a dressé des barricades contre les Allemands » , rappelle Frédérique Calandra, la maire.
Pierre angulaire de ce maillage associatif, les sept centres sociaux du 20e qui sont gérés par les habitants. Leur rôle ? Intégrer les habitants à la vie de la cité. Le centre Soleil Saint-Blaise, né il y a cinq ans, compte quelque 700 adhérents. Sa permanence juridique et ses ateliers socio-linguistiques, où l’on apprend le français et les arcanes du système administratif, font le plein, tandis que son atelier d’aide à la recherche d’emploi, qui s’adresse aux femmes illettrées, enregistre une liste d’attente de plus de 50 personnes. « Notre rôle est de sortir les gens de leur enclavement souvent psychologique , explique Ouided Schaal, la directrice. Lorsque nous organisons des sorties en dehors du quartier, nous sommes face à un nombre impressionnant de personnes qui n’ont jamais pris le métro. »
Sortir l’autre de son isolement, telle est aussi l’ambition de Viviane Condat. La directrice du centre d’aide par le travail (CAT) de Ménilmontant (le plus gros de Paris) se bat pour que la structure, qui accueille 153 travailleurs handicapés employés dans des ateliers de poterie, de menuiserie ou de peinture, soit une entreprise comme les autres, « fondée sur la relation client, avec une culture de la qualité » . « Le calendrier de l’atelier Peinture, papier peint et rénovation, qui intervient chez les particuliers, les entreprises et les collectivités, est plein jusqu’en mai » , se réjouit-elle.
D’autres associations mettent en avant la diffusion de la culture comme facteur de lien social. C’est le cas de Belleville en vue(s). Créée au départ pour combler le manque de salles de cinéma dans le 20e, elle propose, outre une programmation tous publics, des ateliers cinéma pour les personnes âgées et des ciné-goûters au studio de l’Ermitage, où se rencontrent des femmes de toutes origines, en processus d’alphabétisation, qui ne se seraient sans doute jamais connues autrement. Un petit pas en images vers l’intégration...
Ariane Singer


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