Les prix
Prix de la Quinzaine des réalisateurs, Cannes, 1989.
Grand Prix et Prix du Public au Festival de l’Humour à Chamrousse, 1990.
D’autres prix viendront consacrer le succès du film, parmi lesquels on peut remarquer le Prix Spécial Guggenheim, couronnant Sidewalk Stories comme meilleure « source d’inspiration pour les enfants ».
Extrait
Autour du film
Le Kid (Charlie Chaplin, 1921) revisité
[source : Site image - http://site-image.eu]
C’est à la mort de Charlot que nous convia en 1952, dans Les feux de la rampe, Charlie Chaplin : Charlot meurt, non pas sur scène, mais en coulisse et face au spectacle de la beauté du monde, face au corps en mouvement d’une ballerine, qui prolonge encore le souvenir du petit Vagabond. Mais Charlot jamais ne fut un personnage ; comme Arlequin, et sous l’effet d’un curieux éphémérisme, il fut d’emblée un mythe. Chaplin le sait bien. Les mythes ne meurent pas, point n’est besoin de les ressusciter. Et si on les convoque, ce n’est pas à la manière dont on convoque les spectres, les doubles ou les fantômes, mais à seule fin de révéler dans le tissu de notre modernité d’anciennes forces oubliées.
Jean Renoir s’enthousiasmait pour les tragiques grecs, que le recours aux mythes, c’est-à-dire à des histoires que tout le monde connaissait, préservait de tout racontage d’histoires : « Dans une structure qui est toujours la même, on est libre d’améliorer ce qui est seul valable, le détail de l’expression humaine ». Ainsi, en recourant au mythe du petit Vagabond, Charles Lane n’entreprend pas un film nostalgique, encore moins archaïsant ; si l’on ne peut s’empêcher de voir, derrière la silhouette de l’Artiste, celle de l’homme à la canne, c’est que dans Sidewalk Stories le présent se fait réminiscent.
Dans ce film, que le spectateur ne peut envisager d’un regard innocent, une évidence s’impose : dès la rencontre entre l’Artiste et la fillette, dès l’adoption, est nécessairement inscrite pour nous leur finale séparation. Car, semblables aux spectateurs du théâtre grec, nous connaissons la fin. Et, de même que cette fin pesait sur la perception de la tragédie attique dès son commencement, de même la fin de la fable pèse-t-elle sur les images légères de Sidewalk Stories – non pas l’épilogue, qui reste une totale surprise, mais la fin de l’histoire d’amour entre les deux personnages.
Sidewalk Stories se joue dans l’éphémère, dans un temps précieux, fragile : dans un temps orienté. Aussi le film échappe-t-il au burlesque, au temps accéléré et au présent du ressenti, perpétuellement renouvelé, qui dans les films du genre autorise tout juste une lecture à court terme et provoque le rire. Dans Sidewalk Stories le réel n’est jamais loin, celui des rues, des commissariats, des asiles de nuit : le film, loin d’abstraire ses personnages de la réalité, entreprend de construire autour d’eux l’impalpable enclave du rêve et de la liberté. Assez loin du réel pour éviter l’émotion, et de l’irréel pour écarter le rire, la comédie progresse sur une ligne de crête – du moins jusqu’à sa toute fin.


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